Une centaine de personnes a assisté à la projection de « Whole Train » vendredi soir au cinéma d’Erstein. A la fin du film, le réalisateur, Florian Gaag, est allé à la rencontre de son public pour débattre du sujet choc des grapheurs illégaux.
L’association Hip-Hop Session a accompagné la projection d’une démo de hip-hop. (Photo DNA)
Dans le cadre du festival Augenblick en pleine effervescence, les bombes de peinture se sont invitées au cinéma d’Erstein, vendredi soir. A l’affiche : « Whole Train », une réalisation de près d’une heure et trente minutes qui retrace l’histoire d’Allemands grapheurs illégaux, artistes dans l’âme, issus de milieux sociaux différents. Leur passion : les aérosols et les trains, qu’ils repeignent de A à Z avec des oeuvres réfléchies et dessinées sur croquis auparavant.
Deux bandes rivales se partagent le territoire des graffitis, et tous les moyens sont bons pour surpasser les réalisations de l’autre. Le tout en évitant les forces de l’ordre, traquant ces délinquants qui prennent le soin de ne laisser aucune trace, ni aucune preuve. Jusqu’au jour où l’abonnement de transports en commun d’un des grapheurs sera trouvé par la police. La course poursuite s’engage dans la rue en plein jour et la fuite du jeune homme est fatale : il décède dans un accident de la route. Tous se remettent en question, et les deux bandes rivales se retrouvent pour recouvrir un train entier d’une fresque de qualité, en hommage au disparu.
Refus du système ?
Bien applaudi, le film a été commenté par le public lors d’un dialogue avec le réalisateur, Florian Gaag. Le tout par l’intermédiaire d’une traductrice, sa langue maternelle étant l’allemand. La première question a été directe : « Le tag est illégal, pourquoi, et comment avez-vous réalisé ce film ? » Florian Gaag, tout de noir vêtu, mal rasé, un bonnet sur la tête, s’est donc expliqué : « J’ai un rapport personnel avec cet art, j’ai commencé à taguer en 1984, et j’ai voulu par la suite mettre ça en avant. J’ai eu des difficultés pour le faire : on ne voulait pas me donner les autorisations nécessaires et il était difficile de trouver des financements, le sujet était politiquement incorrect ».
Pour mieux comprendre les motivations du graph illégal, Florian Gaag a précisé que les grapheurs sont issus d’un milieu social défavorisé. L’école ne fait pas partie de leur quotidien, ils ont envie de ne pas être dans les normes. « C’est un refus du système », a résumé une personne du public. « L’intégration n’est pas leur truc », a-t-on pu entendre d’une autre spectatrice.
Le débat s’est ensuite installé dans le public, au sein duquel deux personnes ont étayé leurs arguments -favorables ou non- sur les graffitis illégaux. « Heureusement qu’il y a les graffitis en Allemagne, sinon les villes seraient tristes ! » a lancé une personne de l’assistance. Florian Gaag, écarté du débat l’espace de quelques minutes, a complété : « Ce n’est pas un art intellectuel », s’est-il exprimé pour défendre ces artistes hors-norme.
Tout aussi artistique, mais légal, le hip-hop s’est enfin emparé de la salle. Sept membres de l’association « Hip-Hop Session » d’Erstein ont effectué une démo d’une vingtaine de minutes devant un public chaud bouillant. S’adressant à Manu, le président, Lionel Kappler s’est interrogé sur la pratique du hip-hop : « Je pense que vous ne vous entraînez pas dans le salon de vos parents ? » Hilarité générale après l’intervention d’une maman dans le public : « Si, si ! ». Pauvres meubles…
N.K.
Édition du Mar 31 mars 2009